Élection de Doug Ford en Ontario: Quels impacts pour la Francophonie ontarienne?

PAR ARNAUD MONTREUIL ET ANNE-MARIE PILOTE.

Le gouvernement libéral de Kathleen Wynne qui dirigeait l’Ontario depuis 2013 s’est révélé particulièrement favorable à la Francophonie ontarienne; les progressistes-conservateurs, menés par Doug Ford, sauront ou voudront-ils faire de même ?

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Le drapeau franco-ontarien associe la fleur de lys des Canadiens français à la fleur de trille, symbole de l’Ontario.

Les dernières années furent fastes pour les Franco-ontariens, notamment sur le plan de la reconnaissance symbolique. En 2015, le 400e de la présence française en Ontario fut l’occasion de souligner officiellement leur contribution à la construction de la province; le 22 février de l’année suivante, Kathleen Wynne offrait les excuses de son gouvernement aux Franco-ontariens pour l’infâme règlement 17, une loi promulguée en 1912 qui a interdit pendant 15 ans l’enseignement du français dans les écoles de la province.

Ces gestes symboliques forts se sont doublés d’actions politiques concrètes : sous l’impulsion de Mme Wynne et de son cabinet, l’Office des Affaires francophones de l’Ontario, dont la mission est de garantir à l’ensemble des Francophones de la province l’accès aux services gouvernementaux en français, fut érigé en ministère, ce qui constitue l’assurance que les Franco-ontariens ont dorénavant une voix au conseil des ministres. L’Ontario, où l’on recense la plus grande minorité de Canadiens français hors Québec (623 000 environ), est la seule province canadienne à s’être dotée d’un tel ministère.

Mais, contexte électoral aidant, l’administration Wynne a surtout lancé trois grands chantiers : la refonte de la Loi sur les services en français, éditée en 1986, qui ne tient pas compte des changements sociotechnologiques des 32 dernières années ; la création très attendue de l’Université de l’Ontario français prévue pour 2020 (un projet de loi dont la maternité revient à la néo-démocrate France Gélinas), un établissement postsecondaire entièrement francophone permettant aux étudiants du centre et du sud-ouest de la province de rester à Toronto tout en acquérant une formation universitaire dans la langue de Molière ; enfin, l’obtention du statut de membre observateur à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), un prélude à une future demande pour acquérir la permanence.

La situation changera-t-elle avec les conservateurs ?

Il est permis de se demander quel seront les impacts de la victoire des conservateurs au scrutin général du 7 juin sur l’émancipation et la reconnaissance de la Francophonie ontarienne. Il faut dire que le parti conservateur est toujours hanté par les années au pouvoir de Mike Harris, qui avait menacé en 1997 de fermer l’Hôpital Montfort, seul institut francophone en Ontario associant recherche et éducation dans le domaine de la santé. Le prédécesseur de Doug Ford, Patrick Brown, souhaitait faire disparaître le spectre de Harris. Il a amorcé un rapprochement avec les franco-ontariens en multipliant les prises de parole en français lors d’allocutions publiques et en organisant une journée de la francophonie à Queen’s Park. C’étant avant que des allégations d’inconduite sexuelle mènent à son exclusion du caucus conservateur. Dans la foulée du départ précipité de Patrick Brown, le poste de conseillère aux Affaires francophones au sein du cabinet du chef a d’ailleurs été aboli, un bien mauvais signal pour les communautés et les organismes Franco-ontariens.

Quand il a pris les rênes du parti juste avant les élections générales, Doug Ford a promis de rétablir le poste de conseiller. Unilingue anglophone, il a aussi déclaré en campagne qu’il apprendrait le français, soutenant maladroitement que « c’est important de communiquer avec une autre partie du pays qui parle le français. J’aime le Québec ». Radio-Canada qui lui demandait quelle est l’importance pour un chef de parti ontarien d’être capable de s’exprimer en français a dû lui rappeler que la question faisait référence au demi-million d’Ontariens de sa propre province. Quelques jours avant le scrutin, il a réitéré sa promesse d’aller de l’avant avec le projet de création de l’Université de l’Ontario français, sans toutefois donner de détails sur son plan de match.

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Doug Ford, élu premier ministre de l’Ontario le 7 juin 2018

Aller au bout de ses engagements

Maintenant élu, Ford doit passer de la parole aux actes. Son premier véritable test concerne le budget : les conservateurs ayant annoncé une réduction des dépenses publiques, le niveau de qualité actuel des services en français sera-t-il maintenu ? Qu’arrivera-t-il au ministère des Affaires francophones, qui nécessite davantage de subsides pour mener à bien ses mandats, notamment celui, crucial, de favoriser l’immigration française en Ontario (en 2012, la province s’est fixé un seuil de 5% d’immigration francophone par année, un objectif qu’elle ne parvient toujours pas à atteindre) ? L’enveloppe de 20 M$ censée accompagner le démarrage de l’Université de l’Ontario français, le tout premier établissement universitaire francophone entièrement autonome de la province, sera-t-elle distribuée ?

Qu’en est-il également de la participation de l’Ontario à l’OIF, qui est devenue l’une des pierres d’assises de la stratégie internationale de la province ? La députée conservatrice de Thornhill, Gila Martow, une francophile convaincue qui a assumé pendant les quatre dernières années le rôle de critique en matière d’affaires francophones, a assuré ne pas vouloir quitter la grande famille de l’OIF, mais elle a dit souhaiter « consulter la communauté franco-ontarienne avant de déposer une demande de permanence » à l’OIF. Elle a cependant du même coup avoué qu’elle étudierait attentivement la question des frais supplémentaires qu’engendrerait le passage du statut d’observateur à celui de membre permanent, puisqu’avec la formule de contribution actuelle basée sur le PIB, l’Ontario devrait payer plus que le Québec pour faire partie de l’OIF, une situation pour le moins paradoxale. La question demeure ouverte.

Certes, il n’est pas nécessaire d’être francophone pour faire avancer les droits des Franco-ontariens. Les troupes de Doug Ford ont exprimé leur bonne volonté à prendre en considération les enjeux légaux, éducatifs et culturels qui touchent cette communauté historique. Il reste à voir ce qu’ils feront concrètement pour la plus grande minorité francophone du pays. Alors que la Francophonie ontarienne a le vent en poupe comme jamais, nous ne pouvons qu’appeler à ce que le changement de gouvernement ne brise pas ce formidable élan.

 

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